Lucas Tramèr: "On arrive à rendre l'effort invisible"

Effort physique, gestion stratégique de la course, résistance mentale : l’aviron est réputé pour être un des sports d’endurance les plus exigeants de la scène sportive. A 26 ans, Lucas Tramèr a déjà atteint les sommets de son sport. Double champion d’Europe et du Monde à deux rameurs, il ne manque plus qu’une médaille olympique au sportif du Team Genève pour compléter son impressionnant tableau de chasse. Cela tombe plutôt bien, car les Jeux Olympiques se profilent déjà cet été à Rio. Lucas Tramèr compte bien réaliser un dernier exploit avant de ranger ses rames au profit de ses études de médecine. Entretien avec un sportif qui ne rêve que de briller sur les côtes brésiliennes cet été.

Si tu devais l’écrire l’aviron en quelques mots à des gens qui ne sont pas familiers avec ce sport…

Je dirais que c’est un sport qui est proche de la nature, super beau et très fluide. Quand on le regarde, on a l’impression que c’est très tranquille, mais une fois que tu te retrouves dans le bateau, c’est toute une autre histoire. Quand on le fait bien, on arrive à rendre l’effort quasi invisible.

Il s’agit donc d’un sport très exigeant physiquement ?

Oui c’est sûr ! Mais ceux qui ont déjà pris place dans un bateau d’aviron auront vite remarqué qu’on ne fait pas avancer le bateau en poussant fort sur les rames. Il y a donc aussi beaucoup de technique, déjà uniquement pour que le bateau reste stable. Les bateaux d’aviron font à peu près la largeur de mes hanches, donc on se trouve vraiment dans des bateaux très fins et fragiles. L’équilibre et la collaboration entre les athlètes sont vraiment très importants !

Effort physique, technique, quelle est la place de l’aspect stratégique ?

Il y a beaucoup de stratégie dans ce sport. Ce qui est intéressant en aviron, c’est qu’on avance en arrière, contrairement aux autres sports d’endurance où tu regardes l’arrivée et non le départ. Dès lors, on a un gros avantage de partir vite dans une course, afin d’avoir ensuite une vue d’ensemble sur la course. Dès qu’on a pris une longueur de bateau d’avance sur nos adversaires, ceux-ci sont ensuite obligés de tourner la tête pour nous voir. Tu peux ainsi contrôler la course et prendre un avantage au niveau du mental.

Justement, le mental joue-t-il un rôle important en aviron ?

Oui, à plusieurs niveaux. Il y a tout d’abord la résistance à l’entraînement. Tu dois faire des sacrifices pour t’entraîner 6h par jour et six jours par semaine. Qu’il fasse beau, qu’il fasse froid, qu’il pleuve, on est toujours au taquet ! C’est un sport qui demande énormément d’entraînement, bien qu’il n’y ait quasiment aucune motivation financière ou médiatique derrière. Il faut donc être un grand travailleur. Ensuite, il y a l’aspect de la résistance à la douleur pendant la course. Certains athlètes sont capables de se surpasser pendant les courses parce qu’ils arrivent à pousser leur organisme plus loin.

Et le plaisir dans tout ça?

C’est bien connu, les sports d’endurance procurent des endorphines. Au bout d’un moment, ça devient une drogue. Après l’entraînement ou une course, tu as un moment où tu te sens tout simplement bien. C’est aussi le fait de savoir que l’entraînement nous rapproche de nos buts et nous permet de les atteindre, comme pour les JO. C’est des rêves de gosses qu’on a tous quand on pratique ce sport.

Les Jeux Olympiques de Rio cet été, tu les vois comme un aboutissement ?

Oui effectivement. On avait déjà participé aux JO de Londres en 2012 avec le même équipage de quatre (5e). Cette année, la donne est différente, car on est champion d’Europe et du Monde en titre. On s’apprête à aller aux JO pour faire quelque chose d’exceptionnel. On sent qu’on a beaucoup plus de pression qu’il y a quatre ans. On y va moins pour l’ambiance et plutôt dans l’optique de gagner cette médaille. Une fois qu’on l’aura gagnée, on pourra lever le pied.

Tu songes à mettre un terme à ta carrière ?

On n’y est pas encore, mais c’est sûr qu’une médaille d’or ou même une médaille tout court, ça peut conclure une carrière. Ce serait la cerise sur le gâteau.

Surtout que tu mènes encore des études de médecine à côté de ta carrière sportive. Comment gères-tu ces deux occupations ?

Si tout se passe bien, je finirai en 2018. J’aurai donc mis 11 ans pour faire des études qui durent normalement 6 ans. Ca explique comment je m’y suis pris (rires). J’ai pas mal jonglé entre les deux. Certaines années comme après les JO, j’ai consacré plus de temps aux études, tandis que d’autres années, j’étudiais à 50% pour préparer mes objectifs sportifs. Il faut beaucoup s’aider soi-même, car les universités en Suisse ne font pas grand-chose pour t’aider. Ce n’est pas comme dans d’autres pays comme l’Australie où tout est organisé pour que tu puisses obtenir les meilleurs résultats sportifs possibles tout en poursuivant tes études. Il faut donc se débrouiller soi-même et trouver les bonnes solutions.