Juliane Robra : «Le judo a façonné la personne que je suis aujourd’hui»

A 32 ans, Juliane Robra est une sportive épanouie. Avec le judo, elle a trouvé un sport qui lui permet de dépenser sa folle énergie, mais également une activité qui lui offre l'opportunité de réaliser son potentiel.  «Le but est de pouvoir donner le meilleur de soi dans ce qui te correspond», affirme la Genevoise d’adoption (elle est née en Allemagne). Son talent et sa détermination l’ont menée tout en haut de la hiérarchie suisse (huit fois championne de Suisse). Ceinture noire à la taille depuis l’an 2000, Juliane Robra s’est également distinguée à l’échelon européen où elle a conquis la médaille d’argent des Championnat européens en 2010 et 2012. Quatre ans après une expérience mitigée lors des Jeux Olympiques de Londres, l’athlète du Team Genève n’a qu’un objectif en tête : les Jeux Olympiques de Rio cet été, pour lesquels elle doit encore valider son ticket. Entretien avec une sportive qui vogue entre passion et raison.

Comment t’es-tu retrouvée sur les tatamis de judo ?

J’ai commencé le judo à l’école primaire. C’était des cours qu’on pouvait choisir en plus de nos cours de gym. On avait une année obligatoire, mais étant donné que j’ai beaucoup aimé, j’ai continué avec des cours facultatifs. Et ensuite, j’ai commencé dans un club.

Qu’est-ce qui t’a plu au premier abord dans ce sport ?

Le fait de bouger, me défouler. J’aimais pouvoir être libre dans ce que je faisais. J’appréciais aussi les combats, le fait de me mesurer avec les autres. C’était toujours un nouveau défi. J’étais constamment captivée par la nouveauté. Evidemment, je dis tout cela avec du recul, mais quand j’étais petite, j’adorais tout simplement cette activité.

Justement maintenant, avec du recul, qu’est-ce que t’apporte le judo dans ta vie ?

Tout simplement le bonheur de pouvoir faire ce que j’aime. C’est certain que le judo a marqué ma vie et ma personnalité.

Dans quel sens ?

Ça m’a façonné. La personne que je suis aujourd’hui est fortement marquée, non seulement par le judo, mais aussi par les personnes qui m’ont entourée. J’ai eu la chance d’avoir des gens qui m’ont fait aimer ce sport, parce que tu peux rapidement être dégouté avec le judo. Ces personnes m’ont aussi permis de développer l’envie d’aller chercher plus loin.

Le judo est un sport de combat, mais dans lequel on apprend aussi des techniques de contrôle de soi. Est-ce que tu t’en sers dans la vie de tous les jours ?

Oui c’est clair. Le fait de se retrouver dans une situation de combat t’apporte beaucoup d’émotions. Tout récemment j’étais face à mon adversaire et j’avais tout simplement peur. Ça te confronte avec ce que tu as au plus profond de toi et ça t’apprend à gérer ces situations, à les approcher. Si tu te le permets, tu peux évoluer en tant que personne.

Le judo est un art martial japonais, cela t’a permis de développer des affinités avec la culture niponne ?

J’adore manger japonais ! (rires) Plus sérieusement, dans le judo, on conserve les règles inspirées des traditions japonaises. Quand on enseigne le judo, on garde les noms japonais pour les enseigner aux enfants. Personnellement, j’ai eu la chance de m’entraîner au Japon, donc j’ai développé une sorte de connexion avec le pays à travers le judo.

Tu es octuple championne de Suisse, double médaillée de bronze aux Championnats d’Europe, qu’est-ce qui te motive à poursuivre la compétition ?

A la base, c’est l’idée de progresser d’avantage, de me pousser plus loin dans mon efficacité et ma compréhension du judo. La compétition, c’est un moment où deux personnes essaient de résoudre la situation à leur avantage. Ca me motive ! J’aime bien chercher comment je peux être efficace et ensuite l’appliquer en combat.

C’est un aspect que tu ne retrouverais pas hors-compétition ?

Actuellement, la compétition me correspond tout à fait. C’est ce que tu retrouves dans les Jeux olympiques qui ont lieu seulement chaque quatre ans. Les concurrents se sont entraînés des années pour cette échéance, ils ont tout fait pour être au meilleur d’eux-mêmes ce jour-là. A l’entraînement, ce n’est pas pareil, je suis peut-être plus fatiguée, j’ai d’autres rendez-vous, je ne suis pas au meilleur de moi-même.

Pour toi les Jeux olympiques à Rio cet été, qu’est-ce que ça représente ?

Pouvoir combattre ce jour-là avec toute l’expérience que j’ai accumulée depuis que j’ai commencé le judo.

Une sorte d’aboutissement ?

Je vois plutôt cela comme une suite qui s’inscrit dans la lignée de tout ce que j’ai accompli jusque-là. Après la vie continue…

Après ta carrière professionnelle, tu penses rester active dans le judo ?

J’espère que le judo fera toujours partie de ma vie et que je pourrai garder cette approche. J’espère pouvoir encore apprendre et à évoluer. Quand on est plus jeune, on remarque qu’on s’améliore, mais on ne se rend pas forcément compte qu’on change en tant que personne. J’espère pouvoir transmettre cela dans ce que je fais.

La formation des jeunes, ça te tient à cœur?

Oui, car je me rends compte de la chance que j’ai eu de découvrir le judo. On a tous un certain potentiel en nous. Il s’agit ensuite de le découvrir et finalement le réaliser. C’est pareil avec l’école. Il s’agit d’une bonne structure, mais certains ont peut-être leur potentiel dans un domaine beaucoup plus manuel, artistique, ou sportif. Le but est de pouvoir donner le meilleur de soi dans ce qui nous correspond.

Si tu devais donner un argument pour que les jeunes commencent le judo…

J’encouragerais d’abord les jeunes à essayer différents sports jusqu’à ce qu’ils trouvent ce qui leur plaît vraiment. Après, le judo est un sport tellement varié ! Les combats sont prenants, c’est très intense. Quand tu arrives à faire ta projection et que tu as le bon timing, tu as l’impression que tout s’arrête, il n’y a plus de temps, plus de gravité. J’imagine que c’est comme quand tu fais du surf et que tu as choppé la vague (rires). C’est un sport fascinant, car tu t’entraînes avec les autres, tu te mesures aux autres, mais tu peux aussi chercher tes propres limites.