Celine Van Till: "Je ne retire que du positif de mon accident"

Celine Van Till est une jeune cavalière suisse promise à un bel avenir. Mais lors d’un stage d’entraînement en Allemagne en 2008, le destin de la jeune fille bascule. Son cheval se cabre et retombe sur elle. La cavalière est opérée d’urgence au cerveau. S’ensuit un mois de coma réel, puis deux de semi-coma. «J’ai eu trois mois de blanc dans ma vie», relate Celine Van Till. «J’ai dû réapprendre à parler, à réfléchir, à marcher, à manger, à écrire.» Mais la jeune sportive possède des ressources inestimables qui vont lui permettre de surpasser son handicap et remonter à cheval. Aujourd’hui, Celine Van Till est une femme épanouie et pétillante. A bientôt 25 ans, elle est en passe de défendre les couleurs de la Suisse en dressage lors des Jeux paralympiques de Rio cet été. Entretien avec une femme au destin extraordinaire.

Après ces mois difficiles suivant l’accident, qu’est-ce qui a constitué le déclic pour te remettre sur le bon chemin ?

C’est ma maman. Elle m’a ramené à la maison pour un weekend. Avant cela, je ne voulais plus faire aucune thérapie. Je ne m’en rappelle plus parce que j’étais inconsciente, mais on me l’a dit. Et la semaine d’après, je refaisais tout de A à Z à nouveau. Deux semaines après, ils ont même doublé les séances de thérapie.

Que s’est-il donc passé durant ce weekend ?

J’ai revu ma famille, mes amis, j’étais dans le contexte de tous les jours et j’ai vu mon cheval.

Ton cheval justement, qu’est-ce qu’il t’a apporté dans ces moments difficiles ?

Le cheval c’est comme un meilleur ami, on peut tout lui dire, on peut le caresser, lui donner à manger, le cajoler. Alors peut-être qu’il a été la source de mes ennuis, mais il a aussi été l’un de mes meilleurs médecins. Et même aujourd’hui, il est mon partenaire de sport. Une passion c’est quelque chose qu’on n’arrête jamais, quoi qu’il arrive.

Peut-on parler de résurrection à ce moment-là ?

Oui c’était vraiment une résurrection de A à Z puisque j’avais tout perdu. J’étais devenu comme un tout petit enfant qui devait renaître et grandir à nouveau. J’ai dû passer du stade de petit enfant à l’âge adulte en l’espace de quelques mois.

As-tu développé une autre sensibilité avec ton cheval depuis l’accident ?

Ma relation avec le cheval s’est encore renforcée depuis l’accident. A un niveau plus pratique, j’ai des adaptations pour compenser mon handicap. J’ai notamment eu des séquelles au niveau de la coordination et de l’équilibre.

Après l’accident, qu’est-ce qui t’a poussé à revenir à la compétition ?

C’est revenu tout naturellement, car je suis une personne ambitieuse, qui aime avancer. C’est cette grande volonté qui m’a motivé et poussé vers l’avant.

On imagine qu’après ton accident, il était important de te fixer des objectifs. La compétition, c’est un moyen de continuer à avancer ?

Exactement, j’aime me lancer des défis, c’est ce qui me fait avancer.

Tu as de grandes chances de te qualifier pour les Jeux paralympiques de Rio cet été, dis-nous en un peu plus…

J’ai effectivement qualifié une place pour la Suisse. Les sélections définitives seront annoncées au mois de juillet, mais bien entendu je compte être de la partie. Toute ma préparation ces prochains mois sera fixée dans l’optique des Jeux.

Défendre les couleurs de la Suisse aux Jeux paralympiques de Rio, qu’est-ce que ça représente pour toi ?

C’est beaucoup plus qu’un simple objectif, c’est tout simplement un rêve ! Je vais tout faire pour vivre cette aventure pleinement. J’ai déjà obtenu beaucoup d’informations sur Rio puisque j’ai travaillé au Comité International Olympique l’année passée, j’ai notamment organisé un workshop sur les Jeux de Rio.

A présent, avec le recul, arrives-tu à tirer du positif de ton accident ?

Que du positif ! L’important est de transformer toutes les expériences, bonnes ou mauvaises, en positif et pouvoir en retirer quelque chose, en apprendre pour pouvoir avancer encore plus. Aujourd’hui, j’ai une vision différente de la vie, une autre compréhension, une autre connaissance. Cela me fait réaliser beaucoup mieux ce que la vie représente et ce qu’elle signifie.

Et tu aimes transmettre cette joie de vivre autour de toi…

J’essaie toujours de transmettre mon énergie aux autres personnes. Il y en a tellement qui en ont besoin et qui peuvent en profiter.

En tant que marraine des Jeux du Grand Genève, qu'aimerais-tu apporter à ces jeunes sportifs ?

Mon but est de motiver les jeunes et leur transmettre de la volonté pour atteindre leurs objectifs. Les objectifs sont faits pour être atteints. J’espère qu’ils puissent atteindre leur plein potentiel dans leur sport et dans cette compétition, toujours en accord avec les règles du respect et du fair-play.